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Chez les stoïciens, avant les vidéo Epictète : Sénèque
Lettre 1 à Lucilius, version exclusive de seneque.info
epictete un stoicien manuel et entretiens

ne pas s irriter contre les hommes

De la petitesse et de la grandeur chez les hommes.
le livre I des Entretiens d'Épictète, un texte rédigé par Arrien.

Le Chapitre 28

Que nous ne devons pas nous fâcher contre les hommes. De la petitesse et de la grandeur chez les hommes. Quelle est la cause de l'approbation d'une chose ? Le fait qu'elle semble être vraie. Or il n'est pas possible d'approuver ce qui nous semble ne pas être vrai. Pourquoi ? Puisque c'est la nature de notre intelligence que d'adhérer au vrai et de refuser le faux, et dans l'incertitude de retenir notre jugement. Quelle en est la preuve ? Persuade-toi, si tu peux, qu'il fait maintenant nuit. - Ce n'est pas possible. - Persuade-toi qu'il fait jour. - Ce n'est pas possible. - Persuade-toi ou dissuade-toi que les astres sont en nombrer pair - Impossible. Quand donc un homme approuve ce qui est faux, sois assuré qu'il n'a pas eu l'intention d'approuver le faux, parce que chaque âme est contre son gré privée de la vérité, comme le dit Platon ; mais le faux lui a semblé vrai. - Et dans les actions qu'y-a-t'il d'analogue à ce qui est ici le vrai et le faux ? - Ce qui convient et ce qui ne convient pas, le profitable et le nuisible, ce qui convient à une personne et ce qui ne convient pas, etc. Alors un homme peut-il penser qu'une chose lui est utile et ne pas la choisir ? - Il ne peut pas. - Comment alors Médée dit-elle :
"Je sais quel je vais mal faire, mais la passion est plus forte que ma volonté". Elle pensait qu'il lui était plus profitable de se livrer par passion à sa vengeance et de se venger de son mari que d'épargner ses enfants. - Oui, mais elle se trompe. - Montre-lui simplement qu'elle se trompe, et elle ne le fera pas ; mais tant que tu ne le montreras pas, quelle conduite peut-elle prendre sauf celle qui lui paraît utile ? - Rien d'autre - Pourquoi dont te fâcher contre la femme malheureuse qui fait des erreurs sur des choses les plus importantes, et qui est devenue une vipère au lieu d'une créature humaine ? Et n'as-tu pas, si c'est possible, plutôt pitié, comme tu as pitié pour les aveugles et les boiteux, de ceux qui sont aveuglés et mutilés sur les choses essentielles ? Celui qui se rappelle clairement que pour l'homme la mesure de chaque action est l'opinion qu'il en a - qu'elle soit bonne ou mauvaise :
si elle est bonne, il est libre du blâme ; si elle est mauvaise, lui-même en subit un dommage, parce que elle est impossible qu'une personne se trompe et que ce soit une autre qui souffre - celui qui se rappelle cela ne s'irritera contre personne, ne se fâchera contre personne, ne fera de reproches à personne, ne blâmera personne, ni détestera ni ne haïra personne, ne mécontentera personne. Ainsi toutes ces grandes et redoutables actions ont cette origine :
ce que nous nous représentons ? - Oui, cette origine et aucune autre. L'iliade n'est rien d'autre que des représentations de ce ce genre et des applications de ces idées. Paris a cru bon d'enlever la femme de Ménélas; Hélène a cru bon de le suivre. Si Ménélas avait cru bon de se dire que c'est tout profit que la perte d'une pareille femme, que serait-il arrivé ? C'en était fait non seulement de l'Iliade, mais encore de l'Odyssée.
— Toutes ces choses importantes ont-elles donc tenu à si peu ?
— Qu'appelles-tu ces choses importantes ?
— Les guerres, les dissensions, la mort de tant d'hommes, la destruction de tant de villes.
— Et qu'y a-t-il d'important là-dedans ?
— Quoi! rien ?
— Qu'y a-t-il donc d'important dans la mort d'un grand nombre de bœufs ou de brebis ; dans l'incendie ou la destruction d'un grand nombre de nids d'hirondelles ou de cigognes ?
— Quelle analogie y a-t-il entre ces deux genres de choses ?
— Une complète. On a détruit là des carcasses d'hommes; ici des carcasses de bœufs et de moutons. On a incendié là des gîtes d'hommes ; ici des nids de cigognes. Qu'y a-t-il donc là d'important ou de grave ? Ou bien montre-moi que la maison de l'homme est supérieure au nid de la cigogne en tant que demeure. La seule différence, c'est que l'un fait son gîte avec des solives, des tuiles et des briques; l'autre avec de petites branches et de la boue.
— Est-ce donc la même chose qu'une cigogne et qu'un homme ?
— Que nous dis-tu là ? Ils sont la même chose, quant au corps.
— L'homme n'est-il donc en rien supérieur à la cigogne ?
— A Dieu ne plaise! Mais ce n'est pas par ce côté qu'il lui est supérieur.
— Par quoi donc lui est-il supérieur ?
— Cherche, et tu trouveras que c'est par autre chose. Vois si ce n'est pas par l'intelligence de ce qu'il fait ; vois si ce n'est pas par la sociabilité, par l'honnêteté, par la réserve, par la prudence, par la sagesse. Où donc se trouvent dans l'homme le bien et le mal importants ? Là où se trouve sa supériorité. S'il la sauve, si elle demeure comme à l'abri derrière des murailles, si ne périssent ni sa réserve, ni son honnêteté, ni sa sagesse, alors il est sauvé lui aussi; mais, s'il laisse détruire, emporter de vive force quelqu'une de ces vertus, alors c'en est fait de lui aussi. Voilà ce qu'il y a d'important en lui. On dit que ce fut un grand malheur pour Paris quand les Grecs vinrent l'attaquer, quand ils saccagèrent Troie, quand ils égorgèrent ses frères. Mais on se trompe, car personne n'est malheureux par le fait d'autrui. Il n'y eut à ce moment qu'un saccagement de nids de cigognes. Son malheur fut quand il perdit sa réserve, son honnêteté, son affection pour son hôte, son respect des convenances. Quel fut le malheur d'Achille ? La mort de Patrocle ? A Dieu ne plaise! Son malheur fut de s'emporter, de pleurer pour une femme, d'oublier qu'il était là, non pour avoir des maîtresses, mais pour se battre. Voici quand l'homme est malheureux ; voici quand on lui emporte sa ville d'assaut ; voici quand on la lui saccage :
c'est quand on lui enlève et lui détruit ses opinions vraies.
— Mais qu'on entraîne nos femmes, qu'on fasse nos enfants prisonniers, qu'on nous égorge nous-mêmes, ne sont-ce pas là dès malheurs ?
— Où vois-tu cela ? montre-le moi.
— Je ne le puis ; mais pourquoi dis-tu que ce ne sont pas des malheurs ?
— Recourons aux règles ; apporte-nous ici tes notions à priori. Car c'est faute de cela que nous n'apprécions pas exactement ce qui arrive. Quand nous voulons juger ce que pèse une chose, nous ne la jugeons pas à la légère, pas plus que nous ne déclarons à la légère qu'elle est droite ou qu'elle est courbe. En un mot, partout où nous croyons qu'il nous importe de connaître la vérité sur une question, nous ne procédons jamais à la légère. Mais qu'il s'agisse de la première et unique cause de nos vertus ou de nos vices, de notre bonheur ou de notre malheur, de notre félicité ou de notre infortune, alors, et là seulement, nous agissons à la légère et au hasard! Nous n'y usons de quoi que ce soit qui ressemble à une balance; de quoi que ce soit qui ressemble à une règle! Quelque chose me paraît bon, et ce quelque chose est fait aussitôt.
— Puis-je en effet prétendre à être meilleur qu'Achille ou qu'Agamemnon ? Et, quand c'est en suivant ce qui leur paraissait bon, qu'ils ont causé et souffert tant de maux, ne sera-ce pas assez pour moi qu'une chose me paraisse bonne ? Quelle tragédie a un autre point de départ ? Qu'est-ce que l'Atrée d'Euripide ? une manière de voir. Qu'est-ce que l'Œdipe de Sophocle ? une manière de voir. Et Phœnix ? une manière de voir. Et Hippolyte ? une manière de voir. Mais comment appelle-t-on ceux qui obéissent à toutes leurs idées ? des insensés.
— Eh! faisons-nous autre chose ?



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