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Chez les stoïciens, avant les vidéo Epictète : Sénèque
Lettre 1 à Lucilius, version exclusive de seneque.info
epictete un stoicien manuel et entretiens

les conséquences si nous avons une parenté avec Dieu

De quel pays es-tu ? déjà identité nationale ?
le livre I des Entretiens d'Épictête, un texte rédigé par Arrien.

Le Chapitre 9

Des conséquences que l'on peut tirer de notre parenté avec Dieu. Si ce que les philosophes ont dit de la parenté de Dieu et des hommes est vrai, que nous reste-t-il quand on nous demande : De quel pays es-tu ? si ce n'est de répondre, non pas, Je suis d'Athènes ou de Corinthe, mais, comme Socrate, Je suis du monde. Pourquoi dirais-tu, en effet, que tu es d'Athènes, et non de ce petit coin seulement où ton misérable corps a été jeté quand il est né ? N'est-il pas clair que si tu t'appelles Athénien ou Corinthien, c'est que tu tires ton nom d'un milieu plus important, qui contient non seulement ce petit coin et toute ta maison, mais encore cet espace plus large d'où est sortie toute ta famille, jusqu'à toi ? Pourquoi donc celui qui comprend le gouvernement du monde, celui qui sait que de toutes les familles il n'en est point de plus grande, de plus importante, de plus étendue que celle qui se compose des hommes et de Dieu, et que Dieu a laissé tomber sa semence non seulement dans mon père et dans mon grand-père, mais dans tous les êtres qui naissent et croissent sur la terre, et en particulier dans les êtres raisonnables (parce que seuls ils sont de nature à entrer en relations avec Dieu, à qui ils sont unis par la raison), pourquoi celui-là ne dirait-il pas : Je suis du monde ? Pourquoi ne dirait-il pas : Je suis fils de Dieu ? Et pourquoi craindrait-il rien de ce qui arrive parmi les hommes ? La parenté de César, ou de quelqu'un des puissants de Rome, suffit pour nous faire vivre en sûreté, pour nous préserver du mépris, pour nous affranchir de toute crainte; et avoir Dieu pour auteur, pour père et pour protecteur, ne nous affranchirait pas de toute inquiétude et de toute appréhension ?
— Mais de quoi vivrai-je, dit-on, moi qui n'ai rien ?
— Eh! De quoi vivent les esclaves fugitifs ? Sur quoi comptent-ils, quand ils se sauvent de chez leurs maîtres ? Sur leurs terres ? Sur leurs serviteurs ? Sur leur vaisselle d'argent ? Non, mais sur eux-mêmes ; et la nourriture ne leur manque pas. Faudra-t-il donc que le philosophe n'aille par le monde qu'en comptant et se reposant sur les autres ? Ne se chargera-t-il jamais du soin de lui-même ? Sera-t-il au-dessous des animaux sans raison ? Sera-t-il plus lâche qu'eux ? Car chacun d'eux ne recourt qu'à lui-même, et ne manque pourtant ni de la nourriture qui lui convient, ni des moyens d'existence qui sont appropriés à sa nature. Je crois, moi, que votre vieux maître assis ici ne devrait pas y être occupé à vous rehausser le cœur et à vous empêcher de tenir sur vous-mêmes des propos lâches et indignes, mais à combattre les jeunes gens, s'il s'en trouvait de tels, qui, connaissant notre parenté avec les dieux, et en même temps les liens dont nous sommes attachés, ce corps que nous possédons, et tout ce qui, grâce à lui, est nécessaire à notre entretien et à notre subsistance pendant cette vie, voudraient se débarrasser de tout cela comme d'un fardeau pénible qui est au-dessus de leurs forces, et s'en aller vers les dieux leurs parents. Voilà la lutte que devrait avoir à soutenir celui qui est votre professeur et votre maître, s'il a quelque valeur. Vous viendriez à moi me disant : Epictète, nous en avons assez d'être enchaînés à ce misérable corps, de lui fournir à manger et à boire, de le faire reposer, de le tenir propre et d'être à cause de lui les complaisants d'un tel ou d'un tel. N'est-il pas vrai qu'il n'y a là que des choses indifférentes, et sans rapport réel avec nous ? N'est-il pas vrai que la mort n'est pas un mal, que nous sommes les parents de Dieu, et que c'est de lui que nous venons ? Laisse-nous retourner d'où nous venons ; laisse-nous nous dégager enfin de ces liens qui nous attachent et qui nous chargent. Ici sont des pirates, des voleurs, des juges, des hommes avec le nom de tyrans, qui semblent avoir sur nous quelque pouvoir, à cause de ce misérable corps et des choses qu'il possède ; laisse-nous leur montrer qu'ils, n'ont sur nous aucun pouvoir.
— Alors moi j'aurais à vous dire : O hommes, attendez Dieu! Quand il vous aura libérés de ce service, partez alors vers lui; pour le moment, résignez-vous à demeurer à la place où il vous a mis. Court est le temps de votre séjour ici, et il est facile à supporter pour ceux qui pensent ainsi. Quel est en effet le tyran, quel est le voleur, quels sont les juges, qui soient encore à redouter pour ceux qui méprisent ainsi leur corps et tout ce qui lui appartient ? Demeurez; et ne partez pas contrairement à la raison. Voilà ce que le maître devrait avoir à faire avec les jeunes gens d'un heureux naturel! Maintenant, au contraire, qu'arrive-t-il ? Cadavre est le maître, et cadavre vous êtes. Quand vous vous êtes bien repus aujourd'hui, vous vous asseyez là pleurant, et vous demandant comment demain vous aurez de quoi manger. Esclave! si tu en as, tu en auras ; si tu n'en a pas, tu partiras. La porte est ouverte. Qu'as-tu à te lamenter ? Cela dit, quel motif de pleurer a-t-on encore ? Quelle raison de flatter ? Pourquoi portera-t-on envie à un autre ? Pourquoi s'extasiera-t-on devant les riches, ou tremblera-t-on devant les puissants, quelque forts ou quelque irascibles qu'ils puissent être ? Que nous feront-ils en effet ? Ce sur quoi ils peuvent quelque chose, nous ne nous en inquiétons pas ; ce qui a du prix pour nous, ils ne peuvent rien sur lui. Qui donc commandera à celui qui pense ainsi ? Comment Socrate se conduisait-il dans ces circonstances-là ? Comment, si ce n'est comme il convenait à un homme convaincu de sa parenté avec les dieux ? Si vous me disiez, leur disait-il, nous te rendrons ta liberté, à la condition de ne plus tenir les discours que tu as tenus jusqu'ici, et de ne plus ennuyer nos jeunes gens ni nos vieillards; je vous répondrais : Vous êtes ridicules! Vous croyez que si votre général me plaçait à un poste, il me faudrait le garder, le conserver, et mieux aimer mourir mille fois que de le quitter; et quand Dieu m'a assigné un poste et une façon de vivre, vous pensez qu'il me faut les abandonner! Voilà un homme qui était vraiment le parent des dieux! Mais nous, nous raisonnons sur nous-mêmes comme si nous n'étions que des estomacs, des intestins, des parties honteuses! Nous avons des craintes et des désirs! Nous flattons ceux qui peuvent quelque chose à l'endroit des uns et des autres, et nous les redoutons en même temps. Quelqu'un me demanda d'écrire pour lui à Rome. Le vulgaire le regardait comme très malheureux : Renommé et riche autrefois, il avait tout perdu depuis, et vivait là où j'étais. Moi j'écrivis pour lui une lettre très humble. Quand il en eut pris connaissance, il me la rendit, en me disant : Je vous demandais de l'aide et non de la pitié. Il ne m'est rien arrivé de mal. De même Rufus, pour m'éprouver, avait coutume de me dire : Il t'arrivera de ton maître ceci ou cela.
— Rien qui ne soit dans la condition de l'homme, lui répondais-je. Et lui alors : Qu'irais-je lui demander pour toi, quand je puis tirer de toi de telles choses ? C'est, qu'en effet, ce qu'on peut tirer de soi-même, il est bien inutile et bien sot de le recevoir d'un autre. Quoi! je puis tenir de moi-même la grandeur d'âme et la générosité, et je recevrais de toi des terres, de l'argent, du pouvoir ? Aux dieux ne plaisent! Je ne méconnaîtrai pas ainsi ce qui est à moi! Mais, quand un homme est lâche et vil, que reste-t-il à faire que d'écrire forcément à son sujet comme au sujet d'un mort : Donne-nous le cadavre d'un tel, et son setier de sang ? Un tel homme en effet est un cadavre, un setier de sang, et rien de plus. S'il était quelque chose de plus, il sentirait bien qu'un homme ne peut être malheureux par un autre.



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