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Chez les stoïciens, avant les vidéo Epictète : Sénèque
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de la Providence selon Épictête

Si Dieu avait fait les couleurs sans faire aussi la faculté de les voir
le livre I des Entretiens d'Épictête, un texte rédigé par Arrien.

Le Chapitre 6

Sur la Providence. Il est aisé de louer la Providence de tout ce qui arrive dans le monde, si l'on a en soi ces deux choses : la capacité de comprendre ce qui arrive à chacun, et un cœur reconnaissant. Si non, ou l'on ne verra pas l'utilité de ce qui se fait, ou l'on n'en saura pas de gré, alors même qu'on la verrait. Si Dieu avait fait les couleurs sans faire aussi la faculté de les voir, quelle en serait l'utilité? néant. Si, d'autre part, il avait fait la faculté sans faire les couleurs telles qu'elles tombassent sous cette faculté visuelle, quelle en serait encore l'utilité? néant. Et s'il avait fait les couleurs et la vue, mais sans la lumière? Ici encore utilité nulle. Qui donc a fait ceci pour cela, et cela pour ceci? Qui a fait l'épée pour le fourreau, le fourreau pour l'épée? Ne serait-ce personne? Comme si chaque jour ce n'était pas par la combinaison des parties dans une œuvre que nous démontrons qu'elle est forcément le produit d'un habile ouvrier et qu'elle n'a pas été faite au hasard! Eh quoi! chacune de nos œuvres révélera son ouvrier, et les objets visibles, la vue, la lumière ne révéleront pas le leur! L'existence du mâle et de la femelle, leur désire mutuel de s'unir, la faculté qu'ils ont de se servir des parties qui leur ont été données dans ce but, cela aussi ne nous révélera pas son ouvrier! Admettrons-nous que cela ne le révèle pas! Eh bien, cette organisation de notre entendement, grâce à laquelle nous ne nous bornons pas à recevoir l'impression des objets qui tombent sous nos sens, mais en enlevons, en abstrayons des parties que nous rapprochons, pour composer avec elles certaines idées, et de ces idées, par Jupiter, passer à d'autres qui leur sont analogues ; cette organisation elle-même sera-t-elle impuissante à émouvoir certaines gens, impuissante à les détourner d'abandonner la cause de l'ouvrier-suprême? Si cela est, que l'on nous explique quelle est la cause de chacune de ces choses, ou comment il se peut que, si merveilleuses et sentant ainsi l'artiste, elles soient l'œuvre fortuite du hasard. Mais quoi! ces choses n'existent-elles qu'en nous? Plus d'une n'existe qu'en nous, parce qu'elles étaient spécialement nécessaires à l'être raisonnable; mais plus d'une aussi se trouve à la fois chez nous et chez les êtres privés de raison. Est-ce donc que ces êtres-là aussi comprennent ce qui est? pas du tout, car autre chose est d'user, autre chose est de comprendre. Pour eux, Dieu avait besoin qu'ils usassent des idées des sens; mais nous, il avait besoin que nous en comprissions l'usage. Eux donc, il leur suffit de boire, de manger, de se reposer, de se reproduire, et d'accomplir toutes les autres fonctions de chacun d'eux; mais nous, à qui il a donné en plus la puissance de comprendre, tout cela ne nous suffit pas; car si nous ne l'accomplissons pas d'une façon déterminée, avec ordre, et conformément à la nature et à la constititution de chaque chose, nous n'atteindrons jamais notre vraie fin. Car où les constitutions des êtres vivants sont différentes, les actes et les fins sont différents. Chez ces animaux dont la constitution est adaptée uniquement à l'usage, seul l'usage suffit : mais chez l'homme, qui a également le pouvoir de réfléchir à cet usage, à moins qu'il n'observe en outre la convenance, il n'atteindra jamais sa fin. Eh quoi ! Dieu qui donne à chaque animal la constitution pour les uns d'être mangés, pour les autres de servir à l'agriculture, pour d'autres encore de nous fournir le fromage, et pour d'autres utilisations ; pour cela quel besoin y a il de comprendre des représentations et de pouvoir les distinguer ? Mais Dieu a introduit l'homme pour être un spectateur de Dieu et de ses oeuvres ; et non seulement un spectateur, mais un interprète. C'est pourquoi il est honteux pour un homme de commencer et de finir comme les animaux privés de raison ; mais plutôt il doit commencer où ils commencent, et finir où la nature finit en nous ; et la nature finit dans la contemplation et la réflexion, et dans un mode de vie conforme à la nature. Faites donc attention de ne pas mourir sans avoir été les spectateurs de ces choses. Mais vous allez en voyage à Olympie pour voir les oeuvres de Phidias, vous pensez que c'est un malheur de mourir sans les avoir vues. Mais ce qui n'a aucun besoin de voyage, et qui existe depuis toujours, ce qui est le bien réellement, ne désirerez-vous pas le voir et le comprendre ? Ne percevrez-vous pas qui vous êtes, ou pourquoi vous êtes nés, ou pourquoi vous avez reçu le don de la vue? — Mais dans la vie il y a du bien, des désagréments et des peines! — N'y en a-t-il donc pas à Olympie? N'y êtes-vous pas brûlés par le soleil, et pressés par la foule? Vous y lavez-vous toujours bien? N'y êtes-vous pas mouillés, quand il pleut? N'y souffrez-vous pas du tumulte, des clameurs, et de bien d'autres ennuis? Mais vous mettez, je crois, en regard de tout cela la magnificence du spectacle, et dès-lors vous acceptez et supportez tout. Eh bien, n'avez-vous pas reçu des moyens de braver tous les événements? N'avez-vous pas reçu l'élévation de l'âme? N'avez-vous pas reçu le courage? N'avez-vous pas reçu la patience? Et dès que j'ai l'élévation de l'âme, que m'importe ce qui peut arriver? Qui pourra me mettre hors de moi et me troubler? Qui pourra me sembler pénible? Vais-je donc, au lieu d'employer ma force à ce pourquoi je l'ai reçue, pleurer et gémir sur les événements? — Soit! mais mes narines coulent! — Eh bien! esclave, pourquoi as-tu des doigts? n'est-ce pas pour te moucher? — Mais est-il raisonnable qu'il y ait dans ce monde des narines qui coulent? — Ne vaut-il pas beaucoup mieux te moucher que récriminer? Que crois-tu donc que fût devenu Hercule, s'il n'y avait pas eu le fameux lion, et l'hydre, et le cerf, et le sanglier, et plus d'un homme inique et cruel qu'il a chassés et dont il a purgé la terre? Qu'aurait-il fait, si rien de pareil n'avait existé? Il est évident qu'il se serait enveloppé dans son manteau, et y aurait dormi. Tout d'abord donc il n'aurait pas été Hercule, si dans la mollesse et le repos il eût ainsi dormi toute sa vie. Et s'il l'avait été, à quoi aurait-il servi? Quel emploi y aurait-il eu pour ses bras et pour toute sa force, pour sa patience et pour son courage, sans de telles circonstances et de telles occasions pour le stimuler et pour l’exercer? Mais quoi? Il eut peut-être dû se les préparer lui-même, et chercher d'où il pourrait amener dans son pays un lion, un sanglier, une hydre! Folie et sottise que tout cela! Seulement, dès que ces choses existaient et qu'Hercule les trouvait, elles servaient à le révéler et à l'exercer. Toi, à ton tour, comprends donc tout cela, et jette les yeux sur les forces qui sont en toi, considère-les, et dis : Envoie maintenant, ô Jupiter, les circonstances que tu voudras ; car j'ai des ressources et des moyens donnés par toi-même, pour tirer parti de tous les événements. Au lieu de cela, vous restez assis, tremblant que certaines choses n'arrivent, et pleurant, gémissant, vous lamentant, parce que certaines autres sont arrivées. Puis après vous accusez les dieux! Quelle peut-être, en effet, la suite d'un tel manque de cœur, si ce n'est l'impiété? Et cependant Dieu ne vous a pas seulement donné ces forces pour supporter, grâce à elles, tous les événements sans vous laisser abattre ni briser par eux; mais encore, ce qui était d'un bon roi et d'un père véritable, il vous les a données libres, indépendantes, affranchies de toute contrainte extérieure; il les a mises à votre disposition complète, sans se réserver à lui-même la puissance de les entraver ou de leur faire obstacle. Eh bien! ayant ces forces ainsi libres et à vous, vous ne vous en servez pas, et vous ne comprenez ni ce que vous avez reçu là, ni de qui vous l'avez reçu. Vous restez assis à pleurer et à gémir, les uns n'ayant pas d'yeux pour voir celui qui vous a fait ces dons, et méconnaissant votre bienfaiteur; les autres vous laissant aller par manque de cœur à des invectives et à des récriminations contre Dieu. Et cependant, pour atteindre à l'élévation de l'âme et au courage, je puis te montrer quelles ressources et quels moyens tu as ; toi, pour invectiver et récriminer, montre-moi à quoi tu peux recourir.



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